Les Témoins de Jéhovah sur Internet -

Une étude de cas : les Témoins de Jéhovah

sur le moteur de recherche de Google.

 

par Philippe Barbey, Focus sociologique, avril 2015.

 

On trouve parfois, y compris sous la plume de chercheurs, que les Témoins de Jéhovah seraient un groupe religieux "controversé". Ainsi, en 2011, sortait un livre intitulé Les Témoins de Jéhovah Sociologie d'une controverse.[1] Son auteure faisait remarquer fort justement que "Les Témoins de Jéhovah occupent quant à eux une place singulière dans le paysage religieux français, puisque c'est le seul groupe controversé communément qualifié de "secte" par l'opinion publique qui bénéficie des avantages conférés aux cultes - avantages qui constituent autant d'indices de leur intégration progressive dans la société française." [2]

 

En effet, les Témoins de Jéhovah sont aujourd'hui en France clairement constitutifs d'un culte. La question a été définitivement tranchée par  un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en juillet 2012.[3] La France a été condamnée à rembourser aux Témoins de Jéhovah les sommes qui leur avaient été injustement saisies par les services fiscaux. Ces décisions défavorables aux Témoins de Jéhovah s'inscrivaient sur fond de tapage médiatique orchestré par les associations antisectes et la MIVILUDES au sujet des Témoins de Jéhovah que ces organisations qualifiaient de 'secte'.

 

Cette controverse visant à interdire à terme les Témoins de Jéhovah en France a donc fait long-feu. Aujourd'hui, les Témoins de Jéhovah, forts de leur reconnaissance européenne, terminent leur intégration cultuelle en France. Ainsi, ils ont obtenu le droit d'avoir des aumôniers en milieu carcéral.[4] Cette dernière étape juridique les hisse au même rang que l'Eglise catholique, Eglise majoritaire de référence en France. Quatre ans après la parution de l'étude de C. Couchouron-Gurung,[5] le bilan des Témoins de Jéhovah n'est donc pas mitigé. La jurisprudence européenne leur reconnait définitivement un statut de culte et rejette l'accusation de trouble à l'ordre public en ce qui les concerne.[6]

 

Comme le faisait remarquer le président de la Fédération Chrétienne des Témoins de Jéhovah de France (FCTJF) "une controverse ne naît jamais sans individus qui la provoquent".[7] Qui a provoqué cette controverse qui aurait pu être fatale aux Témoins de Jéhovah ? Tout ce qui l'en reste, ce sont des traces sur Internet. Que nous disent ces traces sur les instigateurs du délire médiatique qui voulait nuire aux Témoins de Jéhovah au point de fomenter leur disparition ?  Qu'en est-il en 2015 des Témoins de Jéhovah sur le net ? Une étude sociologique des 10 premières pages affichées sur le moteur de recherches Google[8] avec l'entrée Témoins de Jéhovah est très instructive pour répondre à ces questions. Les résultats obtenus peuvent se décliner selon le tableau ci-dessous.

 

Pages N°

Sites officiels

TJ

Sites soutien

TJ

Assoc.

anti-sectes

TJ

excom.

anti TJ

Forums anti TJ

Sites anti TJ

Media

Sites scienti-

fiques

 

divers

1

2

 

1

4

1

1

6

 

1

2

 

1

 

1

1

 

 

 

1

3

 

1

 

1

2

2

3

2

 

4

 

 

 

1

1

2

1

1

2

5

1

1

 

2

 

3

2

1

 

6

 

 

 

2

 

4

3

1

 

7

 

 

1

 

 

3

1

4

1

8

1

 

 

 

 

4

2

2

1

9

 

 

 

 

 

3

4

3

 

10

 

 

 

 

 

3

4

3

 

TOTX

4

3

2

11

5

25

26

17

6

Répartition par genres des 10 premières pages du moteur de recherches francophone Google

avec l'entrée "témoins de jéhovah", 99 sites, consultation en janvier 2015.

 

On remarque immédiatement le poids écrasant des sites des anti-Témoins de Jéhovah (43%). Viennent ensuite les sites de média (26%) et les sites scientifiques (17%). En bons derniers, figurent les sites officiels des Témoins de Jéhovah (4%), les sites qui soutiennent les Témoins de Jéhovah (3%) et les divers (6%).

 

Cependant, il faut nuancer cette répartition en pourcentage. En effet, figurer à la première page du moteur de recherche Google et dans les cinq premiers items de cette première page est autre chose que d'occuper un espace globalement majoritaire sur ses dix premières pages. Les internautes font vite et font confiance à Google. Les premières pages sont les plus consultées et donc les premières référencées. Les premiers résultats sont les plus cliqués. Le cercle de consultation s'entretient par lui-même. Les pages les plus consultées sont au premier rang de la première page du moteur de recherches (1.1, 1.2, 1.3, 1.4, etc.) et comme elles occupent ces rangs privilégiés, elles sont les plus consultées et donc confortent la place stratégique qu'elles occupent. A l'inverse, une référence qui occupe la page 2, voire 3, est quasiment condamnée aux oubliettes de l'internet. La page existe toujours mais elle ne sera pas consultée ou peu et donc s'enfoncera toujours plus dans les profondeurs du moteur de recherches au point de sombrer dans l'oubli.

 

C'est particulièrement vrai en ce qui concerne une recherche avec l'expression Témoins de Jéhovah. Combien de pages Google propose-t-il avec cette entrée sur le Web ? Environ 401.000 résultats répartis par 10 par page soient plus de 40.000 pages ! Personne n'ira jamais consulter si loin le moteur de recherches. La stratégie consiste donc à occuper si possible la première page, et sur cette première page, au moins les cinq premières places, celles qui apparaissent directement à l'écran lors de la consultation. Qu'importe ce qu'on écrit, l'important c'est d'être vu. Là, le nom du lien est essentiel. En effet, il véhicule déjà un message. L'adresse juste au dessous peut elle aussi contenir un sens, le début du résumé est lui aussi très significatif. Ces informations constituent un instantané pour l'internaute qui en général surfe très vite et zappe aussi vite. On comprend donc l'importance stratégique du contenu de ces informations.

 

 

1. jw.org : le site officiel mondial des Témoins de Jéhovah

L'ouverture d'un site officiel mondial par les Témoins de Jéhovah a été une petite révolution sur le net français. En effet, jusque là, le rang 1.1 (première page, premier item) de Google pour l'entrée Témoins de Jéhovah était occupé par le site, ou ce qu'il faudrait plutôt appelé le forum, Wikipédia.

 

Les Témoins de Jéhovah se lancent sur l'internet à partir de 1997. Ils baptisent leur site jw.org. jw pour Jehovah's Witnesses, Témoins de Jéhovah en anglais et org pour organisation. En 2013, le site se déclinait en 300 langues et permettait le téléchargement en 520 langues. 750.000 visiteurs s'y connectaient chaque jour. Chaque mois, ils y téléchargeaient 3 millions de livres, 4 millions de revues et 22 millions d'enregistrement audio. [9]

 

Pourquoi les Témoins de Jéhovah partaient-ils à l'assaut du net alors que jusque là ils étaient particulièrement frileux sur le sujet ? Ils constataient qu'ils ne pouvaient plus faire autrement. Et plutôt que de subir, ils préféraient prendre leur communication en main eux-mêmes. De plus, dans  certains pays du monde, leur œuvre d'évangélisation domiciliaire est interdite ou sérieusement restreinte par les autorités. Le net, quant à lui, peut rentrer partout et il est très difficile de le censurer.

 

La Tour de Garde, leur magazine de référence en matière religieuse, admettait : "Dans beaucoup de pays, de plus en plus de gens préfèrent aller sur Internet quand ils cherchent un renseignement. En un simple clic, ils ont accès à des sources d’informations disponibles uniquement sur le Web. Un grand nombre de livres, de revues et de journaux peuvent être lus en ligne." [10] Désormais, une partie des écrits des Témoins de Jéhovah allaient être uniquement reproduits sur leur site internet pour être lus en ligne. Au passage, les Témoins de Jéhovah économisaient des tonnes de papier puisque leurs magazines passaient de quatre numéros par mois à trois et de 32 pages chacun à 16 pages, soit chaque mois un Réveillez-vous! de 16 pages, une Tour de Garde grand public de 16 pages et une Tour de Garde d'étude conservant 32 pages, au total 64 pages au lieu de 128 pages auparavant, moitié moins. Le domaine de l'édition est confronté d'une façon générale à ce phénomène, et il était semble-t-il temps pour les Témoins de Jéhovah d'opérer leur virage numérique comme beaucoup de maisons d'édition l'avaient déjà fait avant eux.

 

Les Témoins de Jéhovah assumaient un autre avantage à occuper l'espace numérique. Ils constataient en effet que, dans le cadre de leur désormais célèbre activité d'évangélisation de porte en porte dans le monde entier, beaucoup ne veulent pas leur parler ou accepter leurs publications papier. Ils pensent, et c'est probablement vrai, que ces personnes réticentes à un contact direct hésiteront moins à consulter chez eux, loin du regard des autres, le site jw.org. Ils ajoutent que leur site mondial permet aux gens qui s'intéressent à leur œuvre d'en saisir la portée planétaire grâce à la rubrique "Actualités."[11]

 

Le site jw.org est aujourd'hui devenu énorme, une véritable machine de guerre pour l'évangélisation jéhovéenne. D'ailleurs les Témoins de Jéhovah sont complètement décomplexés sur ce point. Pour eux, prêcher l'évangile du Royaume de Jésus doit être une priorité absolue étant donné l'urgence des temps. Et tous les moyens sont bons.  En 2014, Réveillez-vous! s'étalait sur jw.org comme un site web unique : la Bible lisible en ligne en 50 langues, des articles bibliques en 500 langues, des vidéos en 70 langues, des enregistrements audio, des bandes dessinées, des films, des dessins animés, des films d'animation, des livres, des revues, des fichiers audio à télécharger, une bibliothèque en ligne disponible en plus de 100 langues. Des sujets pour les couples, les parents, les jeunes, pour ceux qui veulent connaitre la Bible et/ou les Témoins de Jéhovah.[12]

 

 

2. D'autres sites officiels des Témoins de Jéhovah sur le net francophone

Néanmoins, il faut rappeler que les Témoins de Jéhovah avaient déjà, depuis beaucoup plus longtemps que jw.org, un site officiel en France. Il apparaît lui aussi à la première page du web francophone (position 3). Ce site a été lancé dans les années 90 durant lesquelles les Témoins de Jéhovah ont été très durement attaqués dans les médias par les associations antisectes et la MIVILUDES (qui a porté différents noms à travers le temps). Ce site officiel français leur a permis de se faire connaitre autrement que par les brûlots de leurs adversaires. Ils s'y sont présentés (historique, culte, famille, croyances, questions/réponses, question du sang). Ils y ont aussi répondu à leurs détracteurs (Communiqués, Premier ministre, famille, presse, évangélisation, culte, locations, loi de 1905, régime cultuel, taxation, commission d'enquête).

 

On trouve enfin un troisième site officiel des Témoins de Jéhovah, le site de leurs donateurs en ligne (position 45). Ce site n'est accessible qu'aux Témoins de Jéhovah qui peuvent y faire des dons pour leurs œuvres. Enfin, on trouve quelques sites d'Associations locales pour le culte des Témoins de Jéhovah donnant simplement l'adresse du lieu de culte de la ville (position 72 et plus loin).

 

Ainsi, les Témoins de Jéhovah ne laissent plus leur communication aux autres qui en général d'ailleurs sont malveillants et mal intentionnés à leur égard. Wikipédia, sous couvert d'être une encyclopédie collaborative, est en fait un forum où n'importe qui peut écrire n'importe quoi. Certains Témoins de Jéhovah, énervés par ce qu'ils voyaient s'écrire sur eux, ont voulu répondre aux contributeurs, la plupart du temps des opposants ou des dissidents des Témoins de Jéhovah. Ils ont ainsi créé le buzz et ont contribué à mettre en avant l'article Témoins de Jéhovah de Wikipédia. L'effet obtenu a été celui que recherchaient leurs adversaires (position 2). Il semble que les Témoins de Jéhovah sont aujourd'hui moins naïfs et ne tombent plus facilement dans le panneau, ils ne répondent plus aux chiffons rouges qu'agitent devant eux leurs critiques. Il ne reste d'ailleurs sur le net francophone que seulement deux ou trois sites animés par des Témoins de Jéhovah dans le but de défendre leur foi et de répondre souvent maladroitement à leurs détracteurs. Ces sites sont d'ailleurs assez loin dans le moteur de recherche Google (positions 20, 29 et 42).

 

 

3. Internet : un espace manipulé par les propagandistes anti-Témoins de Jéhovah.

Les anti-Témoins de Jéhovah utilisent clairement l'espace internet comme un espace de propagande de lutte contre le mouvement jéhovéen. Ils le manipulent d'une façon très stratégique et organisée. Qui sont ces propagandistes ?

 

On trouve deux sites de la même association antisectes (positions 4 et 62). Ce site relaie en fait les contenus de sites d'ex Témoins de Jéhovah. D'ailleurs, on retrouve le même style du genre J'étais témoin de Jéhovah et un peu les mêmes histoires de souffrance dans l'enfance (enfance volée), de privations (pas de fêtes de Noël, pas d'anniversaires), des interdits contraignants (pas de tabac, de drogue, d'alcool, pas de relations sexuelles avant le mariage et encore moins de relations homosexuelles).

 

Et puis, la litanie très connue maintenant : les Témoins de Jéhovah sont un secte, une secte apocalyptique, spirite, maçonnique, pédo-sataniste (sic). Ainsi, on trouve 11 sites de Témoins excommuniés devenus anti-Témoins de Jéhovah (positions 6, 7, 8, 10, 11, 26, 36, 40, 44, 55, 58), 5 forums anti-Témoins de Jéhovah (9, 17, 22, 27 ,34), 24 autres sites (positions étalées de 23 à 96). A l'étude, on remarque la férocité, la haine même de certains rédacteurs de ces sites. J'ai eu l'occasion d'expliquer que la plupart de ces rédacteurs sont des excommuniés des Témoins de Jéhovah qui n'ont pas acceptés d'être refoulés du mouvement. Certains d'entre eux ont écrits des livres pour expliquer leur calvaire au sein de la secte, comment ils en ont rescapés et comment survivre aux Témoins de Jéhovah (sic). Deux sites de librairie en ligne (positions 13 et 35) relaient cette littérature.[13]

 

D'autres détracteurs des Témoins de Jéhovah veulent porter le débat sur le plan théologique et répondent aux Témoins de Jéhovah, font ce qu'ils appellent des révélations à leurs sujets, décrivent l'envers du décor, expliquent comment s'en débarrasser, comment leur répondre, comment les 'rendre dingues' (sic). On trouve même de pseudo études sociologiques à leurs sujets (ceux qui les ont écrites s'étant eux-mêmes bombardés sociologues alors qu'ils ne le sont pas).

 

Il est clairement manifeste que certains de ces propagandistes anti-Témoins de Jéhovah surcliquent eux-mêmes leurs propres sites et/ou d'autres sites détracteurs pour les positionner aux premières pages du web francophone afin de mettre en avant leur combat antijéhovéen d'une part et polluer l'espace de ceux qui, selon eux, seraient pro-Témoins de Jéhovah dans le but de brouiller leur image.[14] C'était déjà ce que voulait faire au début des années 90, au moment du démarrage du combat dit antisecte en France (dans lequel les Témoins de Jéhovah furent englobés à tort puisque la suite l'a démontré), une association qui s'était donnée comme but de 'casser la bonne réputation des Témoins de Jéhovah.'

 

Les auteurs de ces sites manquent d'objectivité et de recul et font preuve d'une incapacité à la distanciation, ils sont très clairement dans la colère, la vengeance, le ressentiment, le désir de détruire. S'ils estiment avoir souffert de leur appartenance à ce mouvement religieux, ils pourraient à bon droit se faire aider par des professionnels de la santé mentale qui les aideraient à passer à autre chose, à tourner la page, plutôt que de ressasser mal sainement un passé de leur vie que désormais ils rejettent. C'est de fait ce que font en général les personnes qui veulent sincèrement reconstruire leur vie après un traumatisme.[15]

 

On peut signaler enfin que ces propagandistes anti-Témoins de Jéhovah, bien que très peu nombreux, sont bien organisés et retors dans leurs manœuvres pour noyauter le net sur le thème qu'ils affectionnent. En effet, ils font en sorte qu'il soit très difficile de porter plainte à leur sujet et/ou sur les contenus qu'ils mettent en ligne ou qu'ils surcliquent, en se cachant derrière l'anonymat d'un forum, en se donnant des pseudonymes ou encore en basant leur site à l'étranger. Il faut noter à ce sujet l'activisme de certains sites francophones du Québec, province du Canada qui a elle aussi montré dans son histoire, sous le régime Duplessis dans les années 50, sa haine pour les Témoins de Jéhovah.

 

 

4. Des sites généralistes et de presse sur les Témoins de Jéhovah.

On trouve aussi sur le net une petite dizaine de sites généralistes sur les Témoins de Jéhovah (images, rencontres, adresses, traduction, potins people) [positions s'étalant de 5 à 65]. Viennent ensuite les sites de médias, une bonne vingtaine (positions 12 à 99). On peut classer ces sites en trois genres, presse écrite classée en trois sous-catégories presse régionale, presse nationale, presse internationale puis radios et télévisions. Ces genres et catégories induisent souvent les contenus.

 

Ainsi, sur la dizaine de sites de presse régionale (positions s'étalant de 12 à 94), on trouve un peu partout en France (Lyon, Normandie, Nord, Paris, Alsace, Sud-Ouest, Corse, Midi) des informations sur les Témoins de Jéhovah, principalement des reportages sur leurs lieux de culte (Salles du Royaume) et les membres des assemblés locales de fidèles (congrégations) qui s'y réunissent.

 

La presse nationale représentent une petite dizaine de sites (positions s'étalant de 15 à 99). Ces pages débattent principalement du statut des Témoins de Jéhovah en Europe et de leur reconnaissance définitive comme groupe religieux par la Cour Européenne des Droits de l'Homme -CEDH. Elle s'est faite aussi l'écho d'un fait divers concernant une famille Témoin de Jéhovah anglaise durant l'été 2014, affaire qui a été par ailleurs très clairement un cas de désinformation à propos des Témoins de Jéhovah au point que le Premier ministre britannique a présenté des excuses publiques à cette famille injustement lynchée par les médias.[16] La radio et la télévision (4 sites en positions 14, 43, 53 et 91) recoupent à peu près les mêmes informations que la presse nationale.

 

Un article de presse internationale (position 75), en l'occurrence Le Monde, se faisait l'écho de la condamnation de la France par la CEDH en faveur des Témoins de Jéhovah et de fait, de leur reconnaissance définitive par les plus hautes instances européennes de leur statut de religion formellement reconnue en Europe.[17]

 

 

5. Des sites scientifiques et administratifs

Enfin, on trouve des sites scientifiques que l'on peut regrouper en quatre catégories : sociologie (4 sites en positions 21, 69, 76 et 83), juridique (6 sites en 25, 63, 87, 89, 90, 93), littérature encyclopédique (2 sites en 50 et 79) et médecine (2 sites en 68 et 98). En dernier lieu, deux sites administratifs français en positions 61 et 77.

 

Les entrées sociologiques indiquent les travaux de Jean Séguy (aujourd'hui décédé), de Régis Dericquebourg[18],  la notice du livre de C. Couchouron-Gurung et l'adresse de mon site consacré à la sociologie des religions et de la laïcité (focus sociologique)[19]. Les entrées juridiques parlent principalement des nouveaux aumôniers Témoins de Jéhovah dans les prisons françaises et de leur normalisation définitive au niveau européen. A noter le site Droit des cultes & Témoins de Jéhovah (en position 25) qui donnent de très nombreux renseignements au plan légal sur le mouvement des Témoins de Jéhovah et commente avec beaucoup d'acuité leur actualité juridique.[20]

 

Sur le sujet médical, principalement la question de la transfusion de sang, une entrée fait le point sur le cas des Témoins de Jéhovah et l'anesthésie cardiaque (position 68)[21], l'autre (98) est celui du Service de l'aumônerie du Centre hospitalier universitaire vaudois[22]. Ces deux sites sont des sites francophones suisses. Enfin, deux sites administratifs français traitent de l'agrément des Témoins de Jéhovah comme aumôniers de prison (61)  et l'autre (77) est le site de la caisse d'assurance maladie (CAVIMAC) dont relèvent les ministres religieux des Témoins de Jéhovah.

 

 

En guise de conclusion

La controverse visant à faire interdire les Témoins de Jéhovah en France, controverse suscitée par les individus qui l'avait provoquée, n'a pas abouti. Après un combat juridique de plus de 15 ans, les Témoins de Jéhovah sont constitutifs aujourd'hui d'une religion minoritaire chrétienne reconnue au plan européen. Leur intégration cultuelle est terminée ou quasiment en voie de l'être. Le bilan des Témoins de Jéhovah n'est pas mitigé au plan légal, ils pratiquent un culte reconnu.

 

Au plan médiatique, les choses sont aujourd'hui beaucoup plus nuancées que durant les années de délire et de lynchage médiatiques dont les Témoins de Jéhovah ont été l'objet. Même si la presse cherche le sensationnel et exploite toute information pouvant impliquer des Témoins de Jéhovah (comme le cas du petit britannique durant l'été 2014), les reportages objectifs les concernant sont maintenant moins rares. Le massacre des membres de la rédaction de Charlie hebdo le mercredi 07 janvier 2015 et la manifestation Je suis Charlie regroupant plus de quatre millions de personnes le dimanche 11 janvier sont passés par là. On a enfin compris qu'enfermer des citoyens français croyants dans un ghetto ou pire encore dans un silence médiatique assourdissant n'aboutissait à rien, ou pire à de la violence enragée.

 

Les musulmans, qui sont environ quatre millions sur le territoire français, veulent bien désormais que l'on communique sur leurs coutumes, leur religion, leurs habitudes afin de mieux les comprendre et de mieux les intégrer dans le paysage religieux et social de la France. Ils veulent être considérés comme des citoyens à part entière y compris au plan médiatique. On ne peut pas en faire moins pour les Témoins de Jéhovah, qui représentent un quart de million de personnes en France, au risque de faire de la discrimination. Evidemment, il est plus facile de critiquer et de salir la réputation des Témoins de Jéhovah et surtout moins dangereux que de se moquer de l'Islam.[23] Le net reste donc la dernière arme des va-t-en-guerres anti-Témoins de Jéhovah. Un combat d'arrière-garde et perdu d'avance.

 

 


[1] C. Couchouron-Gurung, Les Témoins de Jéhovah Sociologie d'une controverse, L'Harmattan, 2011.

[2] idem, quatrième de couverture.

[5] Céline Couchouron-Gurung a fait ses études à l'Université d'Orléans. Dans le cadre du laboratoire d'Activité Motrice et Conception ergonomique (AMCO) de l'UFR STAPS - Sciences et techniques des activités physiques et sportives, elle produit en 2005, sous la direction de Danièle Hervieu-Léger (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales - EHESS), une thèse de sociologie intitulée  "Les controverses religieuses en démocratie : le cas des Témoins de Jéhovah". En 2006, elle participe à un débat intitulé "Sectes : un danger pour la démocratie ?". Elle y est présentée comme une "spécialiste du phénomène sectaire en France". En 2007, elle publie un article intitulé "Les Témoins de Jéhovah sur Internet : L'utilisation du web dans la mobilisation des acteurs d'une controverse" dans les archives de sciences sociales des religions. En 2011, sa thèse est publiée. Depuis, C. Couchouron-Gurung a disparu du champ de la sociologie religieuse. Voir http://www.regis-dericquebourg.com/2013/01/02/religions-de-contrebande-et-sociologues-de-contrebande/.

[6] C. Couchouron-Gurung, Les Témoins de Jéhovah Sociologie d'une controverse, L'Harmattan, 2011, pp. 251-264, Le bilan mitigé des Témoins de Jéhovah.

[7] Guy Canonici, 26 août 2003, Les Témoins de Jéhovah Sociologie d'une controverse, pp. 10, 11.

[8] Google représente en France 95,46% des parts du marché de la recherche sur le Web en 2015. http://www.blogdumoderateur.com/chiffres-google/

[9] Le Royaume de Dieu en action ! chapitre 7 p. 74-76 § 19-21 - Les procédés. Diffusion du message par tous les moyens.

[10] La Tour de Garde, 1er janvier 2013, page 3 - À nos lecteurs.

[11] Le Ministère du Royaume, décembre 2012, p. 5 - Notre site officiel : Utilisons-le pour prêcher.

[12] Réveillez-vous!janvier 2014, pp. 2-6 - Un site web unique.

[13] En tant que chercheur, je trouve cette littérature plutôt pauvre, fade et ennuyeuse. Elle ne peut pas entrer dans une bibliographie universitaire pour les raisons que j'ai expliquées à un de mes lecteurs.

http://barbey.jimdo.com/questions-r%C3%A9ponses/question-de-la-recherche/

[15] D’un point de vue sociologique, voir le monde comme une opposition entre les Témoins de Jéhovah et ‘les autres’ est totalement manichéen et par ailleurs erroné. Les Témoins de Jéhovah sont un groupe social parmi une nuée d’autres groupes sociaux. Ainsi, le lien ‘spirituel’ entre la personne qui a quitté sa tribu pour en rejoindre une autre est par nature dissous. Il n’y a plus d’adhérence, de viscosité dans les rapports avec les anciens membres de la tribu. Ce phénomène est courant. Selon les circonstances, l’âge, le lieu, une personne passe de l’intérêt qu’elle porte pour quelque chose ou quelqu’un au désintérêt pour ce quelque chose ou ce quelqu’un. Tous le goûts sont dans la nature et notre société occidentale permet aujourd’hui l’expression ouverte de quasiment toutes les options sexuelles, intellectuelles, philosophiques, politiques, religieuses, etc.

http://barbey.jimdo.com/questions-r%C3%A9ponses/l-excommunication/

[16] Droit des cultes & Témoins de Jéhovah, L'affaire du petit Ashya : des préjugés aux dérapages médiatiques, novembre 2014 (actualisé en avril 2015), http://www.droit-tj.fr/spip.php?article382

[17] Droit des cultes & Témoins de Jéhovah, Statut en Europe, http://www.droit-tj.fr/spip.php?mot18

[18] Régis DERICQUEBOURG (1947) - Maître de Conférences en psychologie sociale à l’université Charles de Gaulle à Lille. Il est membre du groupe de sociologie des religions et de la laïcité au CNRS. Sa thèse s’intitulait : Les Témoins de Jéhovah. Dynamique d’un groupe religieux minoritaire et rapport à l’institution (1979) sous la direction de Jean Séguy. Régis Dericquebourg s’intéresse aux notions wébériennes qui n’ont pas été ou qui ont été peu commentées comme la notion de charisme spécifique ou celle de mystagogie. Il a consacré une partie de ses travaux à l’examen du conflit société-groupes religieux minoritaires notamment dans les sociétés qui se prétendent pluralistes. Il est aujourd'hui professeur associé de la faculté  des  Etudes  comparatives des religions de Anvers (Belgique). Régis Dericquebourg a été mon tuteur de recherche.

http://www.regis-dericquebourg.com/

[19] Focus sociologique Travaux de recherche en sociologie des religions et de la laïcité, http://barbey.jimdo.com/

[21] PAC 4.1- Précis d'Anesthésie Cardiaque - Cas particulier : Les Témoins de Jéhovah.

http://www.precisdanesthesiecardiaque.ch/chapitre28/temoinjeho.html

[22] Service de l'aumônerie du Centre hospitalier universitaire vaudois - Pratiques religieuses en milieu hospitalier.http://www.chuv.ch/religions/aum_home/

[23] Ph. Barbey, Les persécutions envers les Témoins de Jéhovah : pourquoi tant de haine ? , Focus sociologique avril 2015, http://barbey.jimdo.com/pers%C3%A9cutions/

 

  

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http://philbarbey.jimdo.com

 

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